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nuz luy payer les droictz antiens et ung escu pour thonneau de bled sortant de Bretaigne, et des autres provinces de ce royaulme ung escu et demy pour thonneau, saulve la reverence de ceulx qui l'ont ainsi donné à entendre, il ne se trouverra qu'on ayt ac­coustumé payer droictz antiens des traictés de bledz que Sad. Majesté donne en particullier aux grands seigneurs et autres, mais quand il luy plaist octroyer traictés generalles, on paye en Normandye, Cham­pagne, Picardye l'imposition et dommaine forain, qui est quinze solz tournois pour thonneau, et pa­reillement aux autres provinces semblables antiens droictz qui tournent au proffict de Sad. Majesté.
k Que ce seroit chose pernicieuse et grandement prejudiciable à Sad. Majesté et à ses subjeetz de commectre ung controlleur et des commis en chas­cun port contenu esd. lectres, parce qu'il ne sort dud. royaulme aucuns bledz ordinairement, sinon de quatre ou cinq années l'une, qui est quand il plaist à Dieu donner grande abondance de bledz en ce royaulme, et que lors il y a charte et grand faulte de bledz en Espagne et Portugal, et que durant lesd, quatre ou cinq années qu'il ne se tire point de bledz hors led. royaulme, la majesté dud. Seigneur payeroit ausd, controlleurs et commis six mil livres de gaiges par an, qui seroit trente mil livres en cinq années, sans faire aucun service ne exercice pour Sad. Majesté; aussi lesd, controlleurs et commis pourroient ériger et grandement travailler les mar­chans de ced. royaulme et autres estrangers faisans trafficq et negotiant en icelluy, et navigeant par mer, lesquelz par fortune de temps et tourmente sur lad. mer, pensant aller en ung endroict, sont souvent contrainctz relascher leurs navires et arriver en au­tres ports et havres que ceulx où ilz ont volunté d'aller faire leur descharge. Alors lesd, controlleurs et commis, soubz coulleur de leur commission, pourroient revisiter et fouiller lesd, navires, faire deffonser tonneaulx, deffaire balles, pacquetz et au­tres marchandises chargées en icelles, soubz umbre de chercher des bledz, pour tirer et exiger desd, marchans vingl ou trente escus pour chascune na­vire, que lesd, marchans aymeroient mieulx payer que d'estre ainsi travaillez et arrestez par lesd, con­trolleurs, pour le peril du retardement de Içurs voyages, qui seroit ung grand interest, perte et dom­mage pour lesd, pauvres marchans et mariniers qui ont esté et sont journellement fort travaillez par sém-
DE PARTS.                                                    491
blables officiers; et tant plus on en commectera, et plus sera travaillé Ie pauvre peuple.
"Leur a aussi semblé que, pour le faict des bledz qui se tirent d'une province à l'autre de ced. royaulme, ce seroit grand travail aux marchans d'aller à vingt-cinq ou trente lieues du port où on vouldroit char­ger lesd, bledz pour prendre congé d'ung controlleur ou ses commis, et de bailler caution es lieux esquclz lesd, marchans et mariniers souvent n'ont aucune congnoissance. Et fauldroil aussi retourner de rechef vers lesd, controlleurs et commis après la descharge des bledz pour faire descharger lesd, cautions, ce qui ne se pourroit faire que à grands fraiz, tra­vail et retardement desd, pauvres marchans et ma­riniers.
"Par quoy dient, que pour le proffict du Roy et soulagement desd, marchans, mariniers et autres ses subjeetz et estrangiers qui font trafficq en ce royaulme, qu'il n'est besoing d'avoir controlleur ct commis pour le faict desd, traictés de bledz, et qu'il suffist que les juges, receveurs et autres antiens officiers des lieux esquelz se chargeront lesd, bledz facent obliger les marchans, ou autres qui chargeront bledz, de rapporter certifficat de la descente du lieu où lesd, bledz seront descenduz en ced. royaulme et d'une province en l'autre, en leur donnant temps prefix et raisonnable pour ce faire.
" Ce seroit aussi ung autre grand travail ct couste-ment ausd, marchans par devant notaires pour rece­voir les chartes partyes entre eulx, escriptes en pap­pier de leur escripture privée et signées de leurs mains et seings manuelz.
"Remonstrent aussi lesd, marchans qu'il ne sort point de bledz hors de ce royaulme pour mener en Angleterre, païs dc Flandres et autres païs, sinon que quelques fois cn quatre ou cinq ans, comme dict est, en Espagne et Portugal, charte de bledz aud. païs. Et quand Dieu donne année fertille el opu­lente en bledz en ce royaulme, lors se rapporte desd, païs d'Espagne et Portugal grand nombre d'or ct d'argent procedant de la vente desd, bledz, pour les­quelz le Roy d'Espagne et Portugal donne licence et permission à tous ceulx qui meinent bledz en leurd, païs de pouvoir rapporter leurs deniers librement, franchement et sans payer nulz subsides pour rai­son desd, bledz, ce qu'ilz ne font pour nulles autres marchandises, qui est ung grand benefice pour ce royaulme, auquel n'y a mine d'or ny d'argent. »
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